Les enfants des pauvres n'iront plus à l'Université

C'est incontestable : en période de crise aiguë, l'argent est difficile à trouver. Ceux qui ont la gibecière garnie s'arrangent pour fermer les vannes. En ces temps difficiles, Même les grands mécènes qui étaient ovationnés pour leurs prestations jouent aussi à la prudence. Et distribuent le fric chichement. «C'est la crise», entend-on à longueur de journée.
Ce langage teinté de désespoir s'est introduit dans les mœurs des Congolais. Qui vivent avec la «crise» et qui ne savent comment s'en débarrasser.
Avant même que l'espoir ne pointe à l'horizon, le franc congolais s'est fortement déprécié face aux devises fortes (euro et dollar américain). Du coup, les prix des biens de consommation ont pris l'ascenseur. Les commerçants, rattrapés eux aussi par l'inflation, passent et repassent le crayon sur les étiquettes. Tout est revu à la hausse… y compris les frais scolaires. Ce qui provoque souvent la grogne des parents.
L'annonce de la hausse des frais académiques dans nos Universités et Instituts Supérieurs (du moins ceux qui sont placés sous la gestion de l'Etat) est venue pimenter un débat qui a poussé un grand nombre des Congolais dans le camp des protestateurs. Les Recteurs et Directeurs Généraux qui ont confirmé cette nouvelle, avec l'aval du ministère de tutelle, reçoivent chaque jour des pierres dans leur jardin.
Parce que leurs salaires demeurent stationnaires, les plus paumés des parents ne savent où donner de la tête. Et le crient sur tous les toits, avec un accent de guerrier. A y regarder de plus près, cette revendication n'a pas suscité l'adhésion générale. Les étudiants qui ne veulent pas connaître  de retard sur leur  parcours s'activent à payer les frais selon l'échéancier fixé par leurs établissements.
Quelle que soit leur intelligence, les enfants des pauvres se retrouvent en marge de la nouvelle donne.  Les années antérieures, ils payaient difficilement. Et maintenant que cela a été revu à la hausse, ils sont au bord du découragement… et nourrissent des inquiétudes pour leur avenir.
Sur une chaîne de télévision kinoise, un professeur a dit tout net que « l'Université coûte très chère dans les pays développés et n'est pas ouverte pour accueillir les enfants dont les parents peuplent le monde des gagne-petit ».  Il y a un peu du vrai dans ce discours. En Angleterre, aux Etats-Unis, au Canada, en France et même en Inde (l'un des grands pays émergeants), les études universitaires coûtent les yeux de la tête. Dans ces pays-là, les bonnes structures économiques et la gestion rigoureuse ont déjà créé des facilités auxquelles «Monsieur tout le monde» peut s'accrocher du fait qu’il est  bien protégé par la Sécurité sociale et des Lois stables.
Même si j'ai été séduit par sa verse oratoire, notre Professeur a fait le minimum, oubliant que lui-même est un agent de l'Etat mal rémunéré et qu'il a toutes les chances (sic !) pour se retrouver dans le même sac que ceux qui versent des larmes chaudes avec l'espoir de voir leurs enfants étudier à l'Université : les pauvres.
A Lubumbashi, les étudiants de l'Université, déprimés par le message de l'autorité académique sont descendus dans la rue. Lors d'un point de presse, le Recteur Chabu Mumba a évoqué la hausse des frais académiques sur un ton dédaigneux, avec des arguments à ranger dans la poubelle des accessoires. Les policiers ont tiré en l'air pour disperser les manifestatants. Qui ont dans le même temps provoqué la casse.
Ne l'oublions pas : le champ de football et l'Université ont toujours cohabité difficilement avec les gouvernants. A Léopolville, en 1959, les autochtones avaient tout saccagé sur leur passage au sortir du stade Reine Astrid, à l'issue d'un match où le sifflet était incorrect. Le sang avait coulé. En abondance. Et sur le route, c'est l'indépendance qui venait en toute vitesse… A l'Université de Lubumbashi, en mai 1990, des bagarres  rangées entre étudiants avaient détériorées l'image du président Mobutu au plan international. Sur la route, c'est la chute de l'homme qui s'était donné le totem de  Léopard qui pointait à l'horizon… Ne l'oublions pas : l'appel des foules des stades et des auditoires doit être géré avec beaucoup de sagesse. Beaucoup de révolutions passent par là.