Vital Kamerhe rompt le silence : Où est donc passé Vital Kamerhe ?

Où est donc passé Vital Kamerhe ? La question que nous nous sommes posée il y a peu dans ces colonnes vient de trouver une réponse avec la conférence  animée par l'intéressé à l'Institut d'Etudes Internationales de Montréal, université du  Canada. Et cela, devant plusieurs auditeurs dont des étudiants, professeurs et hommes d'affaires aussi bien africains que canadiens. Au cours de cette prestation, Vital Kamerhe a tenu à la redéfinition du leadership de la République démocratique du Congo dans la nouvelle géopolitique mondiale. Pour l'ancien président de l'Assemblée nationale, au regard des ressources minières, de forêts, d'eaux douces, et de sol arable dont regorge la RDC, ce pays doit jouer un rôle important dans ce monde en mutations pour retrouver son leadership en Afrique centrale, en Afrique et dans le monde. A l'issue de cette conférence de l'université du Québec, Vital Kamerhe a eu des entretiens très fructueux avec des
professeurs africains de cette université canadienne.
Vital Kamerhe tiendra dans les prochains jours,  une autre conférence du même genre à l'université d'Ottawa.
Ci-dessus l'intégralité de la communication faite à cette occasion par le président honoraire de l'Assemblée nationale, Vital Kamerhe
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“Monsieur le Directeur
Distingués Invités
Mesdames et Messieurs,

Par delà la distance, par delà le temps, il est possible de réaliser la communauté de pensée dans la diversité grâce à une aspiration constante vers un monde meilleur.

J'adhère complètement à l'idée de Suzanne Georges qui dit : « il est possible de créer un autre monde … ».

Je suis aujourd'hui dans ce haut lieu du savoir, dans cette université prestigieuse, dans cet Institut de renommée internationale pour ses études et analyses des questions diverses et diversifiées qui se posent dans le monde, au nom de cet idéal de progrès qui a animé l'humanité depuis le début et pour lequel des générations entières ont consacré des efforts immenses. Je suis dans cette salle pour partager cette flamme qui a embrasé ma conscience et qui me permet de continuer à lutter pour l'avènement d'une civilisation universelle fondée sur l'authentique apport de chaque expérience particulière.

Je suis enfin ici pour partager avec vous une démarche qui doit s'insérer dans l'effort collectif de créer une culture politique intelligible.

Mon propos commencera par les remerciements que j'adresse tout naturellement et de manière sincère d'abord à Monsieur le Directeur de l'Institut d'Etudes Internationales de Montréal pour m'avoir convié à ces cycles de conférences sur une thématique fort intéressante : « REPENSER L'ATLANTIQUE ».

Mes remerciements s'adressent ensuite à vous tous Mesdames et Messieurs qui, malgré ce temps d'hiver canadien rigoureux, avez daigné, en dépit aussi de vos multiples et nombreuses occupations, venir m'honorer par votre présence très significative.
Enfin, au nom de la délégation qui m'accompagne et au mien propre, je remercie les autorités canadiennes en général et les responsables de l'Institut d'Etudes Internationales en particulier pour l'accueil et les soins dont nous avons été l'objet depuis notre arrivée à l'aéroport de Montréal jusqu'à ce jour.

Sur l'invitation m'adressée par le Professeur Brunelle Dorval, il m'a été demandé d'échanger avec vous, comme je l'ai dit ci-haut, sur le thème « Repenser l'Atlantique » et avec comme sous-thème : « la place de la République démocratique du Congo dans les échanges et les réseaux transatlantiques dans une perspective Nord-Sud, Sud-Nord ou Est-Ouest ».

Ceci revient en réalité à chercher le positionnement de mon pays dans ce nouveau contexte de la coopération et de manifestation de la solidarité internationale afin de voir mon pays prendre une part active au processus d''internationalisation des échanges autrement dénommée mondialisation ou globalisation économique.

Repenser l'Atlantique dans le nouveau cadre d'une coopération mutuellement avantageuse, les pays situés au bord de ces deux blocs n'ayant eu jusque là, hormis les pays du continent européen, que des relations très maigres au cours des quatre derniers siècles. Et pour cause, l'Europe avec ses conquêtes d'espaces en Afrique avait isolé ce continent du reste du monde le considérant comme sa chasse gardée

Certes, les travaux seront tournés vers l'avenir mais il est important de remonter au passé pour mieux envisager les perspectives nouvelles. Le plus important est cette prise de conscience collective de la nécessité de susciter une réflexion sur l'avenir des relations transatlantiques du fait de la mondialisation et des mutations intervenues dans le monde surtout après l'effondrement de l'empire soviétique et la montée des puissances émergentes (Chine, Inde, Corée, Brésil, Argentine, etc.).

Pour nous Congolais, il s'agit de susciter un nouvel éveil de conscience qui doit habiter chacun d'entre nous. Qu'il s'agisse de ceux de la diaspora, notamment mes concitoyens vivants au Canada qui m'entendent en ce moment ou de tous les autres qui se trouvent au pays, nous devons ensemble relever les défis en utilisant nos intelligences toujours vivaces pour que notre pays retrouve sa place dans ce monde, comme le fait si bien le Brésil qui présente presque les mêmes atouts naturels que la République démocratique du Congo.

Nous sommes au carrefour d'un grand rendez vous avec notre propre histoire qui sera faite de la somme d'intelligences et de bonnes volontés de tous les citoyens congolais désireux d'apporter leur contribution à la matérialisation de la grandeur de notre nation. Rien, ni personne dans le cycle de la renaissance d'une nation ne peut remplacer l'engagement des nationaux. Ils doivent se mobiliser de manière solidaire et composer leurs énergies en vue de leur insertion dans la géopolitique mondiale.

Voilà une belle initiative qu'est cette conférence universitaire. Une opportunité bien trouvée qui permettra aux pays riverains de l'Atlantique de mieux coordonner leurs politiques de coopération par l'échange des vues sur les grands enjeux de notre ère et ainsi contribuer à l'élaboration des stratégies visant à équilibrer les politiques publiques pour prendre en compte les préoccupations légitimes de nombreux pays en développement dont certains sont dans une situation de précarité, j'allais dire d'extrême pauvreté, faute de moyens financiers nécessaires pour assurer leur développement et parfois de la bonne gouvernance.

Parlant des relations transatlantiques, je peux, de façon schématique, distinguer trois moments ou périodes importantes.

D'abord à l'époque de la pierre taillée en passant par la découverte du nouveau monde l'Amérique, jusqu'à la colonisation de l'Afrique
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Ensuite la période de la guerre froide et les grandes idéologies dominantes le capitalisme ou le libéralisme d'un côté, le socialisme et le communisme de l'autre. On pouvait tout aussi parler de l'économie du marché d'un côté et de l'économie planifiée de l'autre. C'était la bipolarisation du monde.

Enfin, la troisième période, celle nous qui préoccupe en ce moment, commence justement avec la faillite des idéologies dominantes, la chute du mur de Berlin, la fin de la guerre froide et la perestroïka qui a entraîné l'effondrement de l'empire soviétique. On pourrait aussi ajouter l'avènement de la démocratie dans plusieurs pays africains comme un autre repère de ce nouveau rendez-vous du monde avec l'histoire.

Point n'est besoin de vous dire que l'Afrique a raté le premier rendez-vous avec l'histoire parce que tout simplement considérée par les explorateurs et les colonisateurs européens comme un simple réservoir de la main d'oeuvre beau marché pour développer les grandes plantations en Amérique à travers la grande traite négrière d'une part et des matières premières d'autre part
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Le fruit du travail harassant des africains déportés outre Atlantique à contribuer à la construction de l'Amérique et à l'industrialisation de l'Europe
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A la fin de l'esclavagisme, pendant la colonisation, rien a changé au fait pour les africains : ils étaient des esclaves dans leurs propres pays et devaient encore une fois travailler d'arrache pieds pour le besoin de l'industrialisation de l'Europe.

Les indépendances politiques sont intervenues ça et là. Mais pas la décolonisation. Car l'Afrique devrait être reléguée dans les échanges internationaux au simple rôle de pourvoyeuse des matières premières pour le Nord sans la moindre valeur ajoutée
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En effet, faut-il rappeler que les relations transatlantiques étaient dominées jusqu'il n'y a pas plus de deux décennies par les relations euro-américaines, consolidées pendant la guerre froide avec la création de l'organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), dans le but de contrer l'influence soviétique en Europe et dans le reste du monde. L'Afrique a été entraînée, ballottée dans ce mouvement bipolaire Est-Ouest (bloc Est des Etats socialistes, bloc Ouest des Etats ayant choisi le libéralisme économique), plusieurs Etats ayant été mis au service de chacun de ces deux blocs.

Dans ce contexte de guerre froide, l'Afrique en général n'a eu que des relations fort limitées avec l'Amérique du Nord. Elle a par contre consolidé ses relations politiques et économiques privilégiées avec l'Europe du fait de la colonisation. Elle ne s'est tournée que tardivement vers l'atlantique nord (Etats-Unis et Canada) depuis à peine la première décennie des indépendances, autrement dit à partir des années 60 quand bien même existaient des liens historiques et culturels avec les populations d'origines africaines peuplant quelques pays de l'Amérique du Sud (Brésil, Colombie, Cuba, Haïti notamment représentant l'Atlantique Sud) et les Etats-Unis d'Amérique où se trouvent des populations d'origine africaine.

Dès lors repenser l'atlantique implique une nouvelle mise en perspective des orientations des politiques publiques des Etats africains à mettre en œuvre pour gérer en commun leur espace (gestion de l'Océan Atlantique par les échanges et la communication, gestion de l'eau, lutte contre le réchauffement climatique et la lutte contre la biodiversité, gestion de l'énergie par l'exploitation pétrolière off-shore et la coopération dans le domaine de l'énergie renouvelable et soutenable).

La République démocratique du Congo, pays situé au cœur du continent africain et doté de plusieurs potentialités économiques (immensité des ressources naturelles, minières, agricoles, forestières, environnementales), devra, en raison de sa position géostratégique, jouer un rôle actif majeur dans le rapprochement avec les pays du continent Nord Américain et contribuer ainsi à la renaissance d'un partenariat transatlantique qui n'exclut pas l'Europe, bien au contraire. Il s'agira alors des relations transatlantiques tricontinentales
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A signaler aussi que la République démocratique du Congo fait partie des Etats riverains de l'Océan Atlantique, par la Province du Bas-Congo. Son littoral maritime, unique ouverture au monde par la mer est d'à peine 40 km.

Le Canada, dont certaines données historiques ressemblent étrangement à celles de la République démocratique du Congo, pourrait être un allié de taille dans la concrétisation de cette renaissance. Un tel rapprochement est bénéfique pour un pays en développement comme la République démocratique du Congo et permettra la diversification de son économie qui attire aujourd'hui les investissements des pays asiatiques dans le cadre de la coopération Afrique Asie depuis que les partenaires européens traditionnels se sont tournés vers les pays de l'Est de l'Europe, les nouveaux convertis aux vertus du libéralisme.

L'importance de l'océan Atlantique sur le plan économique n'a nul besoin d'être soulignée et les répercussions sur les opérateurs économiques, les populations, les rapports de coopération entre les Etats et la paix d'une façon générale sont incontestables. L'océan Atlantique sépare l'Europe et l'Afrique de l'Amérique et couvre 106.200.000 km2, soit 1/5 de la surface du globe. L'espace atlantique représente 2/3 du PIB mondial et près de 70% de la consommation globale. En tant que voie d'échange privilégiée pour les pays riverains, l'Atlantique draine une grande partie du trafic maritime et aérien du globe. Plusieurs ports maritimes en eau profonde y ont été installés : Montréal, New York, Anvers, Rotterdam, Le Havre, Casablanca, Lagos, Douala et j'ajouterai le futur Port en eau profonde de Banana en République Démocratique du Congo sur sa côte Atlantique.

Il est utile avant d'entrer en profondeur de ma thématique de rappeler brièvement les grandes lignes de l'histoire de la République démocratique du Congo, le pays ayant connu plusieurs mutations au cours de son histoire. De plus, les changements successifs de dénomination du pays et de certaines de ses villes sont parfois sources de confusion. D'où la nécessité de ce bref rappel. I. Une situation géographique privilégiée au centre de l'Afrique avec un peuplement hétérogène

GEOGRAPHIE

La République démocratique du Congo (ex- Zaîre) fait partie des Etats de l'Afrique Centrale. Avec ses 2345409 km2, ce pays, c'est à peu près cinq fois l'hexagone français et 80 fois le Royaume de Belgique. Il est l'un des pays les plus étendus du continent africain avec le Soudan et l'Algérie. Sa superficie peut couvrir les 27 pays composant actuellement l'Union Européenne. La cuvette centrale du Fleuve Congo occupe une grande partie du territoire ; elle est entourée de bas plateaux au Nord et de plateaux étagés au Sud. Le relief se relève fortement dans la région des Grands Lacs, à l'Est (point culminant : 5119 mètres dans les monts Ruwenzori).

Son climat et sa végétation déterminent quatre zones : une zone de régime équatorial dans la cuvette avec températures et pluviométrie élevée (température entre 23 et 26°C) et forêts denses ; deux zones de régime tropical favorable à la savane arborée de part et d'autre des quatrièmes parallèles Nord et Sud (entre 22 et 26,5°C ; une zone de régime d'altitude moins chaud et moins arrosé vers l'Est et le Sud-Est (entre 16 et 22° C) ; dans le Sud-Est s'étend la savane interrompue par de nombreuses forêts – galerie qui témoignent de la densité du réseau hydrographique, tandis que une végétation étagée couvre les montagnes de l'Est, de la forêt tropicale à la prairie d'altitude.

Compris entre 5°2' de latitude Nord et 13°5' de latitude Sud, le pays s'étend sur 12°51' à 31°15' de longitude Est, la République Démocratique du Congo partage ses frontières avec 9 Etats voisins soit 9165 km de frontières. (la République du Congo (Brazzaville,ex-Congo français), à l'Ouest, la République Centrafricaine au Nord Ouest, le Soudan au Nord-Est ; l'Ouganda,le Rwanda, le Burundi et la Tanzanie à l'Est, avec la Zambie au Sud-Est et au Sud, enfin l'Angola.

PEUPLEMENT
Le pays compte actuellement près de 70 millions d'habitants composés de plus de 450 ethnies ou tribus où se mêlent les populations d'origine pygmées, premiers habitants au centre du pays et à l'extrême Nord Est des Nilotiques essentiellement à l'Est du pays et les populations bantous qui représentent plus de 85 % de la population totale du pays.

Langues principales : Français (officiel) et les quatre langues parlées par les populations suivant les provinces : le lingala (Province de l'Equateur et la Ville de Kinshasa, la Capitale), le Kikongo (Provinces de Bandundu et Bas-Congo), le Tshiluba (Provinces de deux Kasaï- Occidental et Oriental) et le Swahili (Provinces de l'Est-Katanga, Kivu, Maniema, Province Orientale).

II. La RD-Congo, un pays de grande histoire politique.

UN PAYS AU PASSE HISTORIQUE GLORIEUX

L'histoire de la République démocratique du Congo remonte à la nuit des temps. En synthétisant cette histoire, on peut dire que bien avant l'arrivée des premiers Européens au 15è siècle (c'est le navigateur portugais Diego Cao qui découvre l'embouchure du fleuve Congo en 1492 et y fonde une colonie), des royaumes et empires puissants se sont développés sur la majeure partie du territoire actuel du pays. On rappellera parmi eux les royaumes de Kongo, Kuba, Bayeke et les Empires Luba t Lunda etc.

Cependant, jusqu'à la seconde moitié du XIXe siècle, le territoire de l'actuelle République comptait parmi les pays d'Afrique inconnus de beaucoup d'Européens sauf les Portugais qui se trouvaient en Angola dès le 15ème siècle et qui avaient tenté une incursion au Sud stoppée par Dona Béatrice Kimpa Vita alors Reine du Royaume Kongo.

A partir de 1850, les explorateurs européens se lancent à la conquête de l'Afrique .De 1852 à 1873, le missionnaire anglais David LIVINGSTONE sillonne l'Afrique australe et centrale. Il est rejoint quelques années plus tard par le journaliste anglais Henry Morton Stanley à Udjidji sur les bords du Lac Tanganika.

En 1876, le Roi Léopold II de Belgique, aidé par Stanley, fonde l'Association Internationale du Congo, chargée d'explorer le pays, tâche confiée à Stanley.

La Conférence de Berlin(1884-1885) sur le partage de l'Afrique entre les puissances européennes engagées dans la conquête du continent africain, reconnut au territoire exploré par STANLEY la qualité d'Etat Indépendant du Congo gouverné à titre personnel par le Roi Léopold II. Celui-ci le céda par Traité à la Belgique, le 18 octobre 1908. Il devint alors la Colonie du Congo Belge jusqu'au 30 juin 1960, date de l'indépendance.

L'Etat Indépendant du Congo, il faut le souligner, était caractérisé par les principes de libre circulation et de libre échange. C'est là l'explication des influences multiples qui continuent à avoir cours en son sein.

UNE INDEPENDANCE ACQUISE DANS DES CONDITIONS TROUBLES

Le 30 juin 1960, la Belgique accorde l'Indépendance à la République démocratique du Congo. Cette accession à l'Indépendance a été suivie, pendant près de cinq ans, de troubles et conflits politiques, voir de guerres tribales et sécessionnistes, dus à l'impréparation politique. Ce qui a contribué à la destruction du pays. La première crise est intervenue moins d'un mois après la proclamation de l'indépendance avec la révocation du premier Premier ministre, Monsieur Patrice Emery Lumumba.

Du 30 juin 1960 au 26 octobre 1971, le pays s'appelle successivement République du Congo (Léopoldville pour la distinguer de la République Sœur du Congo Brazzaville (ex-Congo français.). A la suite de la doctrine politique de son deuxième Président, Mobutu Sese Seko, qui accède au pouvoir par coup d'Etat le 24 novembre 1965, la République démocratique du Congo (-Léopoldville, puis Congo-Kinshasa est rebaptisé le 27 octobre 1961, République du Zaïre. Le mot Zaïre est l'ancienne appellation du Fleuve Congo, une déformation par les portugais du mot Nzadi en langue Kikongo repris en français par le mot Zaïre. Pendant plus de 32 ans, le pays connaît une période atroce de dictature et de dilapidation des ressources financières générées par l'exploitation et la commercialisation de principaux minerais (cuivre, cobalt, diamant, Or, etc.). Il a néanmoins développé une diplomatie agissante et efficace facilitée par la politique de
coopération et de bon voisinage et l'ouverture au monde à travers les organisations régionales et internationales (OUA, UA, CEEAC, CEPGL, OMC etc.).

RDC, VERS LA RENAISSANCE

Le 17 mai 1997, les nouvelles autorités installées après la chute du régime Mobutu sous la conduite de M'Zee Laurent-Désiré Kabila, 3ième Président du pays, décident de revenir à l'ancienne appellation du pays qui redevient République Démocratique du Congo. Elles s'engagent à reconstruire le pays ruiné par une gestion calamiteuse accentuée par une longue période de crise politique et des conflits armés récurrents.

Après l'organisation en 2006 des élections générales libres et démocratiques, les responsables politiques et les institutions congolaises issus de la volonté populaire devraient, de façon légitime, avoir des ambitions, porter un rêve pour un Congo et son peuple, devraient conjuguer tous les efforts nécessaires pour sortir le pays de la spirale de la pauvreté, de la mauvaise gouvernance et du sous développement pour permettre enfin au peuple congolais de réaliser le rendez-vous avec l'espérance.

Mais il subsiste à ce jour quelques pesanteurs notamment la guerre larvée à l'Est du pays, la résistance au contrôle parlementaire.

Le partenariat transatlantique, nouvelle formule, pourrait constituer une opportunité pour aider la République Démocratique du Congo à se remettre en scelle, le pays disposant de grandes potentialités économiques jusque-là exploitées partiellement, à cause de l'insuffisance des ressources financières internes et de l'accès limité aux nouvelles technologies.

III. Les fondements de la politique transatlantique de la République démocratique du Congo : la RD-Congo, terre d'espoir pour l'humanité

Nous vous informons que nous venons d'écrire un livre qui va paraître le mois prochain aux éditions Larcier et intitulé : les fondements de la politique transatlantique de la République Démocratique du Congo : la République démocratique du Congo, terre d'espoir pour l'humanité.

Dans ce livre, nous avons présenté les fondements historique, culturelle, géographique, géostratégique, économique et diplomatique. Nous avons démontré, après avoir revisité l'histoire de la République Démocratique du Congo dans la sphère transatlantique, après avoir mis en exergue ses atouts physiques, économiques et diplomatiques.

Cette analyse démontre qu'il est possible de récréer un nouvel espace atlantique basé sur la justice, l'équité et la solidarité. Les nouvelles relations que nous projetons dans l'espace transatlantique, doivent constituer un véritable lieu du rendez-vous du donner et de recevoir en mettant à profit les avantages comparatifs de chaque Etat.

Nous avons montré que l'Afrique dans ce nouvel espace transatlantique a un rôle à jouer. Les dirigeants du monde surtout les africains devront prendre conscience maintenant ou jamais de donner un nouvel envol à leur continent pour le bonheur de leurs peuples respectifs.

La République démocratique du Congo, nous l'avons aussi souligné et démontré dans notre livre peut constituer une chance pour l'humanité à la double condition d'en prendre connaissance et d'y travailler.

En effet, le monde est aujourd'hui confronté à plusieurs défis majeurs qui peuvent trouver partiellement des solutions dans cette partie de la planète.

Pour ne pas les citer tous, nous savons que le monde fait face à des défis importants ci-après :

1. La lutte contre le réchauffement climatique

Avec 280 ha, la RDC est la 2ième forêt du monde après le Brésil, 47 % des forêts tropicales africaines. La forêt de la République Démocratique du Congo est, à juste titre, qualifiée de 2ième poumon d'absorption des gaz à effet de serre du monde.

2. La lutte contre le déficit alimentaire

D'après les statistiques de la FAO, bien exploitées, les terres arables congolaises peuvent nourrir plus de 2 milliards d'individus soit le tiers de l'humanité.

3. La lutte contre la désertification : L'eau douce, un denrée importante

La pénurie d'eau douce constitue actuellement une grande préoccupation pour le monde avec le risque d'assèchement des lacs et des cours d'eau ça et là.

Parlant de « l'eau virtuelle » et le commerce mondiale, les chercheurs français dans leur livraison intitulée « l'alimentation du monde et son avenir » tire la sonnette d'alarme sur la mauvaise répartition de la ressource en eau sur la planète qui condamne une grande partie de celle-ci en l'occurrence l'Asie, l'Afrique du Nord et le Moyen Orient à ne pas alimenter leur population.

Avec leur 2.5 milliards d'habitants, l'Inde et la Chine vont devenir des grands importateurs des produits de base parce que ayant épuisé tous leurs espaces exploitables du sol. Dans ce contexte, le problème de commerce de l'eau virtuelle se pose avec acuité.

La République démocratique du Congo qui regorge à elle seule 53 % d'eau douce d'Afrique, une part importante d'eau douce mondiale, encastrée entre deux déserts qui avancent en sens opposé, la RDC peut constituer une solution au grave problème de désertification du Nord et du Sud de l'Afrique ainsi que pour l'Asie du Sud Est.

4. Le déficit énergétique mondial

La question de mise en place des énergies propres non polluantes et renouvelables constitue en ce moment une grande priorité dans les différents sommets et forums internationaux. Ici comme ailleurs, la RDC pourrait apporter une contribution non négligeable à la solution de cette problématique. En effet, avec son fleuve et ses nombreux cours d'eau, la RDC dispose de plus de 13 % de potentiel énergétique mondial. Inga à lui seul dispose d'un potentiel estimé à 100.000 Mw. Selon les études établies Inga serait en mesure d'alimenter en énergie électrique l'ensemble de l'Afrique et une partie de l'Europe du Sud. Cependant, sa construction, dans toutes ses quatre phases, est à achever.

5. La pénurie des matières premières

La course effrénée vers les matières premières est devenue presqu'une préoccupation, une question stratégique des pays occidentaux et des pays de l'Asie du Sud Est, nouvellement industrialisés. Ici encore une fois, la RDC qualifié à juste titre de scandale géologique a un rôle à jouer. Mais il appartient aux dirigeants congolais de modifier considérablement les rapports avec les pays importateurs de leurs matières minérales pour exiger un transfert de technologie afin de dégager des valeurs ajoutées susceptibles de changer positivement des conditions de vie des populations. C'est possible, il n'y a qu'à s'inspirer de l'exemple du Brésil. Ce pays de l'hémisphère Sud qui a su surclasser sa propre puissance coloniale jusqu'à se hisser aujourd'hui parmi les 10 économies mondiales.

Avec ses potentialités, la République Démocratique du Congo a des arguments à faire valoir dans les relations transatlantiques. Mais il est aussi évident qu'avec son niveau de développement actuel caractérisé notamment par son faible taux d'industrialisation, l'exploitation rentable et durable de ses atouts naturels requiert la participation des autres.

IV. La RD-Congo, un pays aux grandes potentialités économiques exigeant une exploitation partagée avec les investisseurs de tous les continents

La République démocratique du Congo fait partie du grand bassin du Congo, grand réservoir de ressources naturelles. Ce Bassin est situé au cœur du continent africain. Il se caractérise par l'immensité de ses ressources naturelles fortement diversifiées : faune et flore mais aussi et surtout d'importantes ressources minières qui y sont enfouies. Sols et sous-sols regorgent des richesses naturelles et minérales dont certaines sont quasi introuvables dans d'autres parties du globe. Le pays possède des potentialités économiques éprouvées : richesses du sol avec le café, le cacao, le manioc, le maïs, le riz, le bois, l'huile de palme, l'huile palmiste, le thé, le caoutchouc etc. ; richesses du sous-sol (cuivre, cobalt, diamant, étain, gaz méthane, fer, manganèse, phosphate, niobium, schistes, bitumeux, bauxite, ciment, nickel-chrome, or et pétrole). A ces ressources s'ajoutent les potentialités hydro-électriques avec le barrage Inga et
celles touristiques particulièrement à l'Est du pays. Ces potentialités font l'objet de convoitises de nombreux Etats développés comme ceux moins développés, et attirent des investisseurs réguliers mais aussi des pilleurs qu'une coopération mutuellement avantageuse dans le cadre des relations transatlantiques peut aider à rentrer dans la légalité.

En effet, il est important de rappeler que le Bassin minier congolais a connu depuis plus d'un siècle une exploitation à grande échelle avec le concours financier de grandes compagnies à Charte qui avaient appuyé les actions de mise en valeur entreprises par le Roi Léopold II pour construire son Etat Indépendant du Congo et plus tard la Belgique en tant que puissance colonisatrice. Depuis lors, le pays a toujours été ouvert au monde et est prêt à accueillir les investissements de tous ceux qui seraient intéressés par l'exploitation de ses ressources. C'est cette politique de partenariat par contractualisation qui est appliquée depuis quelques trois années avec notamment la signature par le pays de plusieurs contrats avec certains de ses partenaires traditionnels. C'est le cas avec les contrats chinois pour les mines de cuivre et cobalt (expression utilisée pour qualifier le partenariat entre une entreprise publique congolaise
d'exploitation minière avec un groupe d'entreprises chinoises). C'est également le cas avec le contrat signé entre les gouvernements congolais et français pour l'exploitation de l'uranium, confiée au Groupe français Areva.

C'est pour dire que le bassin minier congolais est l'objet d'enjeux qui ont conduit à de nombreux conflits dont la motivation première consiste en leur appropriation par les grandes puissances qui se le disputent par l'intermédiaire des rebellions fabriquées de toute pièce et se dissimilant derrière la conquête du pouvoir politique.

Ainsi ces richesses qui auraient dû conduire à un développement intégral semblent être la source des malheurs ou de malédictions pour notre pays qui est actuellement classé parmi les pays pauvres très endettés. Ce qui ne devrait pas constituer un motif de fierté mais bien au contraire une interpellation de son élite et de sa classe dirigeante. Comme l'écrit George SOROS dans son ouvrage intitulé « l'âge de la faillibilité », « Les pays en développement qui sont riches en ressources naturelles ont tendance à être aussi pauvres que les pays qui en sont moins bien dotés ; ce qui les distingue est qu'ils ont normalement des gouvernements plus répressifs et corrompus et qu'ils sont souvent dévastés par des conflits armés. Cette situation a fini par être connue sous le nom de la « malédiction des ressources ».

Face à ce drame, il est temps de s'employer pour inverser cette tendance et mettre en place des politiques juridiques appropriées. Dores et déjà, le pays dispose des instruments juridiques pour la relance de son économie. Il dispose d'un code des investissements, d'un code minier, d'un code forestier. Il est signataire de plusieurs Conventions, Traités et Accords internationaux : Accord créant l'Organisation Mondiale du Commerce, Traité de Port –Louis instituant l'Organisation pour l'Harmonisation du Droit des Affaires en Afrique « OHADA ». L'Atlantique est un espace d'échanges commerciaux entre les pays riverains mais aussi entre ces derniers et le reste du monde.

Si jusque-là, seuls les Etats-Unis d'Amérique importent du continent africain plusieurs produits principalement le pétrole (75,5%), les minerais et les métaux (7,5%), les textiles (1,2%) et le cacao (1%) dans le cadre de l'AGOA, il est temps que le Canada emprunte cette voie pour diversifier son économie en intensifiant ses importations de l'Afrique.

Un autre exemple à citer dans le cadre d'une coopération transatlantique est celui du Brésil, pays émergent qui a l'ambition de conforter sa place sur la scène internationale et accéder à de nouveaux marchés prometteurs, parfois en concurrence avec les acteurs traditionnels (Etats-Unis d'Amérique, France, Portugal) et des pays émergents (Chine, Inde et Corée du Sud).

En effet, les échanges commerciaux entre la République Démocratique du Congo et le Brésil ont connu une croissance notable depuis quelques années. Le volume du commerce bilatéral est passé de 17 millions de dollars américains en 2005 à 210 millions en 2007, soit une progression de 1.235%.

Plusieurs sociétés brésiliennes sont installées en République Démocratique du Congo : Vale (opère dans le secteur minier au Katanga), HRT-Petroleum (évaluation des gisements pétroliers dans la Cuvette centrale congolaise), Commercial Transport Agency (importation des machines et équipements de l'industrie minière), Adex Sprl (commerce de diamant), etc. Les exportations congolaises vers le Brésil sont essentiellement les produits miniers et le pétrole.

La République démocratique du Congo importe divers produits du Brésil : volailles (33,6%), céréales (21,50%), sucre et produits de confiserie (14,8%), bovin (5,4%) et matières plastiques (3,6%).

Il apparaît urgent de renforcer les relations commerciales avec les autres pays de la zone atlantique américaine afin d'accroître l'influence de la République démocratique du Congo en Amérique.

Pour revenir à la situation particulière avec le Brésil, il faut noter qu'à la faveur de la redynamisation de la coopération multisectorielle entre ce pays et la République démocratique du Congo, celle-ci peut tirer profit de l'expérience brésilienne en vue de sortir de la situation PMA (pays moins avancé) au statut de pays émergent. Les deux pays possèdent les deux plus grandes forêts équatoriales et participent pour beaucoup dans l'élimination des gaz à effet de serre. Mais seul, le Brésil par sa diplomatie a pu tirer profit dans le cadre de la lutte contre réchauffement climatique et la défense de la biodiversité en obtenant une compensation financière des pollueurs de la planète. Aux congolais de jouer leur jeu pour obtenir une compensation à la hauteur de leur contribution et des restrictions imposées à sa population dans le cadre de la protection environnementale.

Mais pour une exploitation rationnelle, efficiente et mutuellement avantageuse, il nous semble qu’il faille une coopération structurée et institutionnalisée dans l'espace transatlantique.

C'est pourquoi, dans notre ouvrage annoncé ci-haut, nous avons préconisé la création d'un organe de concertation de tous les pays de l'espace atlantique que nous avons dénommé « Conférence Tricontinentale Atlantique (CTA) qui permettrait de mieux identifier les domaines de coopération et d'assurer une meilleure coordination. La CTA aurait comme organes : la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement, la Conférence Ministérielle et le Secrétariat Technique.

La coopération tri atlantique porterait sur quelques domaines prioritaires :
la paix, la défense et la sécurité ;  l'économie et le commerce ;  l'environnement ;  l'énergie ; le transfert des technologies ; la gestion des mouvements migratoires, etc.

Le Bureau d'études que nous animons à Kinshasa, élabore les avant-projets de l'acte fondateur de la Conférence Transatlantique, CTA, lesquels seront, le moment venu, présentés aux officiels par des canaux appropriés afin de les faire aboutir selon les règles du droit des gens. Ce bureau est ouvert à toute contribution.

Certes, le propos de ce jour a l'ambition de mettre en exergue la disponibilité de la République démocratique du Congo à jouer son rôle légitime inspiré par son potentiel géostratégique, mais il a aussi la modeste espérance de créer une masse critique favorable au Congo en cette période des grands arbitrages mondiaux. Comme le poète nous le dit si bien : « il existe un lieu au monde où nous sommes nés, avons appris une langue et découvert comment nos ancêtres avaient surmonté leurs problèmes. A un moment donné, nous devenons responsables de ce lieu ».

Cette responsabilité entraîne une obligation d'agir en vue de construire une culture qui réponde aux aspirations profondes du peuple. Notre pays a le devoir de donner à ses enfants des ailes et des racines. Les ailes nous montrent les horizons infinis de l'imagination, nous portent jusqu'à nos rêves, nous conduisent dans des endroits lointains. Ce sont les ailes qui nous permettent de connaitre les racines de nos semblables, d'apprendre d'eux, comme je suis venu apprendre de vous pour renforcer mes racines.

L'Afrique séparée de l'Amérique par l'Atlantique ou mieux unie à l'Amérique par l'Atlantique livre un combat sans merci contre l'adversité de la pauvreté et de l'ignorance, tout en ayant conscience de porter dans ce fardeau le poids de l'humanité entière en sa qualité de berceau de cette même humanité. C'est pourquoi le pont qu'il faille placer entre ces deux pôles, deux rives est celui fondée non seulement sur les intérêts stratégiques, mais aussi sur la conviction que j'ai, de l'unicité de la race humaine et de l'obligation tactique de régler ses problèmes futurs en réglant ceux d'aujourd'hui du voisin. La RDC mon pays a besoin de donner, peut donner au monder et doit donner à l'humanité ce qu'elle a reçu de la nature et de son histoire. Elle cherche seulement les lieux de connexion et les espaces de dialogue pour un échange mutuellement fructueux et avantageux. Les relations transatlantiques sont le levier de cette montée en
puissance d'une coopération fondé sur le triomphe du bon sens.

Que conclure si ce n'est de réitérer mes remerciements et ma profonde gratitude pour la marque de confiance manifestée par les Organisateurs de ces conférences débats qui ont bien voulu que j'intervienne avec la présente communication”.
Vital Kamerhe