La chute du Mur de Berlin, en 1989, avait apporté une lueur d'espoir aux Africains, fatigués de porter le poids des partis uniques sur leurs frêles épaules. Et l'année suivante, s'ouvraient ça et là, des «Conférences nationales » qui allaient marquer la rupture avec l'ordre ancien.
Avec l'ouverture des vannes de la démocratie pluraliste, on avait cru que les choses iront normalement. Toutes les scories qui couvraient la scène politique ayant été balayées, les Africains, se remirent à apprendre l'abécédaire d'un système ouvert et qui permet à tout citoyen de donner de la voix aux débats sur l'évolution des sociétés.
Vers les années 50, nos grands-pères et nos pères s'étaient battus pour les indépendances. Et beaucoup avaient payé le prix de leur sang. Les colonisateurs partis, la jeune démocratie africaine fut baillonnée par des militaires. Du Togo, au Congo-Léopoldville en passant par la Haute-Volta, les «coups d'Etat » étaient à la mode.
Très vite rattrapés par la «Perestroïka», les «guides éclairés » qui pilotaient des régimes fortement centralisés finirent par accepter l'ouverture. En réalité, ils n'étaient pas favorables à la nouvelle donne. Et aujourd'hui, certains d'entre eux dévoilent leurs folles ambitions en faisant sauter le verrou de la limitation du nombre de mandats.
A plus de 70 ans, le chef de l'Etat algérien Abdelaziz Bouteflika, a réussi a modifié la Constitution par voie parlementaire. Par cet acte, il s’est ouvert la voie d’un troisième mandat. Et du coup, le cercle des présidents qui veulent mourir au pouvoir vient à de s'élargir.
«C’est moi ou rien!» : telle est la formule qui avait déjà inspiré le Burkinabé Blaise Campaoré, le Gabonais Omar Bongo Odimba, le Guinéen Lansana Conté, l'Ougandais Yoweri Kaguta Museveni, le Tchadien Idriss Déby Itno, le Tunisien Zine el-Abidine Ben Ali et le Camerounais Paul Biya. Limités pour la plupart au strict service minimum et rongés par des maladies qu'ils cachent, ces hommes ont rabaissé la démocratie africaine au degré zéro. Disons le tout net : Les partis Etats reviennent en force. Et ceux qui s'opposent aux présidents à vie risquent d'aller humer l'air frais des cachots.
Silence : on est en train de porter, des coups de canif au «cœur» de la démocratie. Les élections organisées pour légitimer le pouvoir ne sont qu'une contrefaçon grotesque. Et là où elles se passent en toute transparence, un homme en treillis peut se pointer au palais présidentiel à minuit pour réveiller le président et lui annoncer la fin de ses prestations. En Mauritanie, le général Ould Abedlaziz avait, sans froid aux yeux, renversé Sidi Ould Cheik Abdallahi le président démocratiquement élu.
Après avoir imposé un régime de terreur et organisée une parodie d’élection, l’homme en treillis a réconfortés sa place au sommet de l’Etat.
Au Niger, le président Tandja qui n’a pas su réduire le taux de pauvreté durant deux mandats d’affilée vient de s’ouvrir la voie à un pouvoir illimité en organisant un référendum très contesté par l’opposition et la société civile. Motif évoqué par ce militaire de carrière : “Je me vois dans l’obligation de poursuivre l’oeuvre inachevée.”
Venu aux affaires à la faveur du décès du président Lansana Conté, le capitaine Moussa Dadis Camara a changé d’objectif. Il ne rentrera pas à la caserne. Et compte, par la force des armes participer à la présidentielle aux côtés des politiciens guinéens. Le pouvoir étant au bout du fusil, le bouillant capitaine a toutes les chances pour entrer “triomphalement” dans la cour des présidents élus sur fond des vives contestations.
Dernière minute: Abdoulaye Wade qui chantait le “changement” à l’époque où il militait dans l’opposition affirme, à plus de 80 ans, et après avoir consommé presque deux mandats qu’il a encore la force de gérer le Sénégal.
Décidément, les tortionnaires de la démocratie réfléchissent comme des bêtes féroces. La loi de la jungle se porte bien en Afrique.
Jean-Jacques LUBOYA
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