Lupopo en Ligue des Champions avec quelle ossature ?

La saison 2009 a sourit au FC Saint Eloi Lupopo qui a terminé le parcours en Ligue nationale (LINAFOOT) sur le podium, à moins d'une marche du Tout Puissant Mazembe, vainqueur incontesté de cette épreuve qui passionne un public de tous les âges. Grâce à cette deuxième place au classement général, le club «bleu et or» jouera l'édition 2010 du Champion's League, la compétition la plus relevée de la Confédération africaine de football (CAF).
Pour les sympathisants du FC Saint Eloi Lupopo, l'essentiel c'était de gagner le ticket qui donne accès aux compétitions interclubs.
Tout au début de la saison écoulée, des voix s'élevaient de toutes parts, réclamant sans cesse le retour de l'équipe dans la cour des grands. Les plus intransigeants des supporteurs n'avaient pas tardé à sortir l'artillerie lourde, allant jusqu'à conditionné le maintien du comité Faustin Bokonda au retour de Saint Eloi Lupopo sur l'échiquier continental.
Avec les innovations que ne cesse d'opérer  la CAF en vue de rehausser le niveau du foot africain, la RDC a la chance d'aligner quatre clubs dans les compétitions interclubs (Champion's League et Coupe de la confédération africaine). Malgré cette large ouverture, le nom de Lupopo n'apparaît pas régulièrement au générique. Triste réalité. Autre constat : des équipes de seconde zone comme Bukavu Dawa et Maniema Union ont tout dernièrement réussi l'exploit de défendre les couleurs du pays dans les joutes organisées par la CAF alors que le FC Saint Eloi Lupopo avait du mal à sortir la tête de l'eau.

EST-CE LA FIN DE LA TRAVERSEE DU DESERT ?
 
Après une traversée du désert qui a duré plus de trois ans, le FC Saint Eloi Lupopo s'apprête à vivre une autre aventure à l'échelle internationale. Ce vieux club fondé vers les années 30, au siècle dernier, sous la tutelle de la compagnie nationale des chemins de fer, n'a jamais remporté une coupe africaine. Et pourtant, le T.P.Mazembe son rival de tous les temps a déjà inscrit trois fois son nom au générique des champions d'Afrique (1967,1968 et 1981).
L'unique coup d'éclat du FC Saint Eloi Lupopo en championnat inter-clubs remonte à 1982, année ou David Mutamba Dibwe avait propulsé l'équipe en demi-finales de la Coupe d'Afrique des clubs Champions (CACC), l'ancêtre de l'actuelle Ligue des Champions. Dirigeant très entreprenant et bourré d'ambitions, David  Mutamba fut poussé à la porte de sortie par des «traîtres», mécontents de ses succès et de son esprit d'organisation. Et depuis cette épopée à laquelle il faut aussi associer le nom de l'entraîneur Nicodème Kabamba et eux des joueurs talentueux tels Mukendi, Lukanga, Kalala, Nzungu, Twite, Mwamba et autres Kaniki, le FC Saint Eloi Lupopo court toujours après un sacre continental.

FAUT-IL Y CROIRE ?

2010 : Faut-il y croire ?  La question soulève quotidiennement des chauds débats à Lubumbashi où les supporteurs de Saint Eloi Lupopo ont monté des cellules de réflexion. Les discussions commencent très tôt le matin à l'angle des avenues Kabila et Lomami et se poursuivent au terrain d'entraînement, dans les bistrots, les véhicules de transport et j'en passe…
Partout, c'est la même question centrale qui sort de la bouche : « Avec quels joueurs le FC Saint Eloi Lupopo va disputer la prochaine édition de la Ligue des Champions ? »
Durant la saison 2009, Saint Eloi a remporté le championnant de l'Entente de Football de Lubumbashi avant de rééditer la même prouesse au championnat provincial du Katanga. En Ligue nationale, l'équipe a trébuché face à Mazembe (1-4 et 0-2) lors de la finale qui s'est disputée en deux manches au stade municipal de Kenia. Bien avant cette chute brutale, c'est un Saint Eloi Lupopo éclatant de forme qui avait éliminé Vita Club de Kinshasa lors des demi-finales.
Au regard du comportement des « Bleus et Or » durant la saison 2009, la fiche technique présente des hauts et des bas. Au fait, la défense et la médiane se sont brillamment  distinguées. Même les équipes les plus huppées avaient du mal à percer le béton lupopois, à anéantir l'élan de Kabamba et autres Kitumbo.
A la ligue d'attaque, les insuffisances des joueurs placés dans le carré de finition n'ont pas permis au FC Saint Eloi Lupopo d'améliorer sensiblement son capital « buts ». A lui seul, l'avant centre Tamundele peut rater six ou huit buts lors d'un match pour en marquer un seul ou sortir brédouille du terrain. Sans aucune réalisation à son compteur.
Ne pouvant jouer que moins de quarante-cinq minutes, Patrick Katalayi conserve toute son intelligence, mais manque de force du fait de l'âge qui pèse sur ses épaules. Il en est de même de Mulekelayi Kanku dont le retour (annoncé en fanfare) s'effectue à pas de tortue. Après avoir brillé au sommet de l'art avec les Léopards et le T.P. Mazembe, Mulekelay a de la peine pour s'imposer et convaincre.
Dans un combat, la meilleure défense c'est l'attaque. L'équipe qui marque des buts, beaucoup des buts, a toujours été auréolée. Celle qui marque difficilement et perd suite aux « erreurs monumentales » des athlètes engagés aux avant-postes s'attire le courroux des spectateurs. Et la réalité du moment démontre que le FC Saint Eloi Lupopo est bien malade de son attaque.
A cinq mois du démarrage du premier tour de la Ligue des Champions, les dirigeants et les entraîneurs sont régulièrement interpellés sur ce que sera l'ossature de l'équipe. Dans les coulisses, il se dit des choses, pas mal des choses. On attribue la défaite du FC Saint Eloi Lupopo en finale de la Ligue nationale à certains joueurs peu crédibles, sans scrupule et corruptibles à souhait. Dans la foulée, on parle de l'absence d'une pépinière où les encadreurs techniques devraient, au fil des années, puiser la « fine fleur » appelée à prendre la relève de la vieille garde. Ce dernier point mérite qu'on y revienne sans cesse.
Tenez : sur les 33 joueurs qui avaient pris part à la campagne 2009, six ou sept sont liés au club par un contrat à durée indéterminée. Et le reste ?  Ce sont des « mercenaires » dont les transferts avaient été négociés en monnaie forte. Et qui savent monter les enchères à la veille des grands derbies ou s'imposer une grève des jambes.
A en croire une source proche de la présidence du club, « un nettoyage en profondeur est en train de s'opérer ». Aussi la même source confirme-t-elle l'arrivée d'une dizaine d'athlètes pour donner du punch à l'ossature qui ira à la conquête de l'Afrique en 2010.
En attendant que ces vœux deviennent réalité, l'avenir du FC Saint Eloi Lupopo se confond à un grand point d'interrogation.

Jean-Jacques LUBOYA