Le Coltan, nerf de la guerre de l’Est

Pour une région reconnue comme le grenier du pays en période de paix, l'exploitation chaotique du coltan (ou colombo-tentalite) dans un contexte de faillite de l'Etat et de crise prolongée fut une source d'enrichissement pour une poignée d'hommes d'affaires, générant ainsi une économie maffieuse organisée autour des armées rebelles et leurs alliés ainsi que des guerriers « maï-maï ».


Parallèlement à la chute du prix du coltan sur le marché international, la production de ce minerais, qualifié de  « nerf de la guerre » dans la crise qui secoue, les provinces du Kivu, allait être confrontée à un lobbying de grande envergure organisé, au départ, par des ONG Belges sous le slogan « Pas de sang sur mon portable ». Ce lobbying gagnera en force grâce à la publication d'un rapport de l'ONU (avril 2001) sur l'exploitation illégale des ressources de la RDC. Ce rapport mettait sérieusement en cause l'Ouganda et le Rwanda, accusés de piller systématiquement les ressources du Congo. L'argument sécuritaire avancé pour justifier leur présence au Congo était considéré comme un bluff. Ce rapport fut cependant critiqué parce qu'il ne disait pas grand-chose sur le pillage des ressources du Congo dans la zone contrôlée par le gouvernement de Kinshasa et ses alliés zimbabwéens, angolais et namibiens.


Durant la deuxième rébellion du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD/Goma), les termes de plusieurs contrats furent remis en cause. Dans le but avoué de financer au maximum son effort de guerre, le RCD crée la Société Minière des Grands Lacs (SOMIGL) qui reçoit le monopole de l'exploitation et de la commercialisation du coltan sur les territoires qu'il contrôle. Cette société sera dirigée par madame Gulamali, une businesswoman bien connue pour ses nombreux intérêts au Kivu.


Mais dans une conjoncture internationale de baisse généralisée du prix du Coltan doublée de campagnes de dénonciation des liens entre son exploitation à l'Est du Congo et la poursuite de la guerre dans cette région, la SOMIGL fut long feu, n'ayant pu honorer la taxe d'un million de dollars promis au RCD/Goma. Son monopole lui est retiré en avril 2001 et le RCD libéralise l'exploitation au profit de ceux qui acquittent les licences et les taxes imposées. Ce qui n'empêche madame Gulamali de poursuivre l'exploitation à son compte avec son entreprise SHENIMED tandis qu'u autre ex-directeur de la SOMIGL, G. Ruboneka, se voit placé à la tête de l'Office de Protection des Recettes Publiques dont l'objectif est de veiller à éviter les fuites ou détournements des recettes publiques… «Une générosité et un civisme inédits dans l'histoire des institutions congolaises».
Cela dit, l'année 2001 n'aura pas été mauvaise pour tous. Selon l'hebdomadaire rwandais The New Times (décembre 2001), le Rwanda aurait tiré de l'exploitation du coltan un bénéfice de 44 millions de dollars en six mois.
Après l'Accord politique de Pretoria qui avait mis fin aux rébellions armées et engendré un gouvernement de transition au Congo, d'autres groupes ont poursuivi l'exploitation du coltan. C'est le cas de la branche armée du général Laurent Nkunda, du mouvement politico-militaire regroupant les Tutsis favorables au régime de Paul Kagame ainsi que des guerriers,           « maï-maï ».


Pour gagner de l'argent, les bandes armées utilisent une main d'œuvre taillable et corvéable à merci. Même des petits enfants sont envoyés à la mine. Et du coup, les écoles se vident… Les montagnes défoncées par l'exploitation artisanale du coltan restent un danger pour les mineurs régulièrement ensevelis sous les éboulements de terre faute d'un service spécialisé pour superviser la construction des galeries souterraines. Il n'y a pas très longtemps, plusieurs dizaines de mineurs avaient été ensevelis à Bibatama, dans la localité de Kibabi.
Dans la région de Numbi, en territoire de Kalehe, les destructions massives des anciennes terres de pâturage sont catastrophiques. Les terres ayant servi à la prospection chaotique et à l'exploitation artisanale du coltan sont définitivement perdues pour l'agriculture et l'élevage. Des collines et des vallées entières transformées en cratères géants défigurent des paysages qui ne sont que des vastes étendues de terre éventrées, traversées par les rivières et les ruisseaux détournés pour le nettoyage du coltan.


Au plan sanitaire, les données déterminant le potentiel radioactif du coltan exploité au Kivu ne sont pas encore disponibles. Cependant, des sources fiables feraient état d'un nombre croissant des malformations congénitales.
Enfin, les risques sanitaires de l'exploitation chaotique du coltan exigent un  minimum de régulation pour éviter les carrières ayant un potentiel radioactif. Mais qui imposera cette régulation dans un contexte de faillite de l'Etat ?  

Jean-Jacques LUBOYA