Tous doucement, mais inexorablement, la ville de Lubumbashi chemine vers les rivages de son premier centenaire. Ceux qui, de tout temps, n'ont eu de cesse de proclamer qu'à une certaine époque de son histoire, Lubumbashi pouvait se targuer d'être sinon l'équivalent, tout au moins l'approchant de Johannesburg, ne sont pas loin du compte en ce qu'ils contribuent autant à la revivification qu'à l'immorta-lisation de certaines valeurs manquantes dans les splendeurs profuses de ces immensurables richesses historiques sous lesquelles croule littéralement la province du Katanga, longtemps considérée, à juste raison d'ailleurs, comme le cœur palpitant de la République Démocratique du Congo.
Richesses pas forcément minéralogiques ou agropas-torales… En termes de potentialités, s'entend. Mais plutôt richesses intrinsèques, essentielles du Katanga. C'est-à-dire culturelles, artistiques ou autres touristiques…
Dans ce cas de figure, la ville de Lubumbashi renferme d'intéressants sites de très bonne facture architecturale, et dont le charme désuet plonge ses racines dans le terreau particulièrement fertile du style colonial.
Pour s'en convaincre, il n'est que de gratter, de mémoire ou par le seul regard, la patine décrépite de certains vieux bâtiments administratifs ou commerciaux de Lubumbashi et datant de cette époque lointaine.
Qui aurait pu imaginer qu'un jour, par exemple, la vieille bâtisse SOCO, située au coin des boulevards Lumumba et Mzée Laurent-Désiré Kabila, revêtirait la somptueuse robe d'intérieur qui est la sienne aujourd'hui en passant, presque sans transition, de son statut forcé de véritable monument architectural passéiste à celui de symbole de la modernité à travers son«design» de rêve ?
Certes, la Trust Merchand Bank (TMB) vient de réussir là une opération d'exception. Mais, d'après les informations en notre possession, l'initiateur et promoteur de cette œuvre sublime s'était fixé le pari de ne pas modifier d'un « iota », ou alors très peu, l'aspect extérieur du bâtiment SOCO afin de garder intacte toute son identité architecturale d'antan. Pari excellemment réussi. Et c'est là où réside son trait de génie. Car, par-dessus tout, la ville de Lubumbashi vient de s'enrichir d'une splendeur «intérieure» à nulle autre pareille, tout en préservant sa personnalité «extérieure» d'origine. Et ce, au moment même où la folie de construire bat son plein à travers tout Lubumbashi où l'on voit pousser comme des champignons toutes sortes d'horreurs déguisées en bâtiments ou immeubles à étages (à quelques très rares exceptions près).
Que dire alors de certains bâtiments publics que l'on «croit» restaurer en les défigurant encore davantage, sans le moindre souci de l'esthétique architecturale durable ?
Tel l'exemple à tout le moins affligeant de l'Hôtel des Postes de Lubumbashi, d'abord transformé en maison commerciale de vente d'appareils téléphoniques portables, puis soumis à toute sortes de modifications extérieures à la « va-comme-je-te-pousse ».
Principalement visées, les cases postales ont été démantelées. A la place, on a construit des sortes de boutiques qui vont servir au petit commerce. Dès le premier coup d'œil, cependant, on se rend immédiatement compte que tout ce bel agencement de façade ne tiendra pas durablement face à l'usure du temps. Qu'il suffirait d'un peu moins de quelques années seulement pour que, rattrapé par un vieillissement précoce (tellement l'impression de fragilité est palpable, presque visible à l'œil nu) pour que l'ensemble commence à craqueler et à partir par petits lambeaux… alors que le bâtiment de la Poste lui-même, vieux de plus d'un demi siècle déjà, ne présente aucun signe de fatigue dans sa structure architecturale d'origine.
Bien que traditionnellement coutumier de ce genre de situation ambiguës, le grand public lushois n'en reste pas moins sidéré d'assister à ce type de spectacles qui, sous d'autres cieux, passeraient pour un acte de vandalisme programmé, de profanation délibérée…ou même de défi à l'autorité établie. Pour peu qu'elle ne soit pas elle-même impliquée dans ce sacrilège infligé à l'un des patrimoines nationaux les plus visibles et qui, normalement, aurait dû faire l'objet de toutes les attentions pour sa protection.
Est-ce un problème de culture ? Ou de manque de culture préventive ? Que se serait-il réellement passé si tout ou partie des sites placés sous la protection de l'UNESCO s'étaient trouvés en République Démocratique du Congo ? Ou encore au Katanga ?
Damien KIBOKO |