Conflit en RDC: un groupe de recherche conteste l'estimation du nombre des morts diffusée par l'IRC

Le conflit en République démocratique du Congo (RDC) a été décrit comme le plus meurtrier depuis la Seconde guerre mondiale, causant 5,4 millions de morts, selon une estimation largement reprise. Mais un groupe de recherche conteste ces chiffres, affirmant que des techniques d'enquête correctes réduiraient ce bilan de moitié.
Le nombre de 5,4 millions de morts depuis 1998 a été largement utilisé depuis qu'il a été rendu public par l'International Rescue Committee (IRC), une organisation humanitaire. Cette estimation a joué un rôle dans l'attention portée par les Etats-Unis et les Nations unies à la crise en RDC.


Le Conseil de sécurité de l'ONU a cité les chiffres de l'IRC dans le processus de décision concernant la mise en place d'une force de maintien de la paix au Congo-Kinshasa. Cette force compte désormais plus de 20.000 hommes, ce qui en fait l'opération de maintien de la paix la plus importante des Nations unies.


"A la suite de la publication des résultats de l'étude en 2000, l'aide humanitaire totale s'est accrue de plus de 500% entre 2000 et 2001. La contribution des seuls Etats-Unis a augmenté d'un indice de pratiquement 26. Il est probablement juste d'affirmer que les données sur la mortalité ont joué un rôle significatif dans l'accroissement de l'assistance internationale", écrivait en 2006 l'un des chercheurs de l'IRC, Richard Brennan.
Mais une nouvelle étude diffusée mercredi par un groupe de recherche estime que les statistiques elles-mêmes sont discutables, "élevant de façon spectaculaire le bilan des morts" dues aux maladies, au manque de nourriture et de médicaments, et à la malnutrition.


L'Human Security Report Project de la Simon Fraser University en Colombie-Britannique (Canada) considère que l'étude 2000-2008 de l'IRC présente deux problèmes majeurs. Il rejette l'échantillon réalisé dans des régions dangereuses de l'est du Congo, arguant que ces zones n'étaient pas représentatives de l'ensemble du pays. Il met également en doute le chiffre utilisé par l'IRC pour le taux de mortalité "normal" en RDC, où les statistiques d'avant le conflit étaient peu fiables.
En RDC, "les gens mouraient déjà en nombre plus élevé que dans le reste de l'Afrique, même avant la guerre. Et ils ont continué à mourir en nombre plus élevé après la guerre", souligne le Pr émérite Joshua Goldstein de la School of International Service de l'American University. Il écrit un chapitre sur la RDC pour son prochain ouvrage, et estime qu'entre un et deux millions de Congolais sont morts des suites du conflit.


L'IRC a réagi en soulignant qu'il s'en tenait à ses recherches, affirmant avoir été transparent concernant notamment les problèmes d'échantillon sur le terrain. Dans une réponse écrite, l'International Rescue Committee déclare ainsi: "5,4 millions est notre meilleure estimation, basée sur une méthodologie bien établie et des suppositions prudentes, mais le chiffre réel pourrait être" de "3 millions" ou de "7,6 millions". AP